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Habiter autrement la cantine romane de l’Abbaye de Fontevraud n’est pas bien compliqué puisque que lorsque l’on y pénètre, à moins qu’on ne vous le dise, le premier usage que l’on y projette, n’est pas le fumage du poisson. Il est très facile d’imaginer que cet endroit serve à laver des hordes de crasseux, avec sous chaque petite cheminée, de grands bacs de bois remplis d’eau fumante, pour les seigneurs, et sous la grande cheminée, un grand bassin pour les gueux. Il est aussi très facile d’imaginer que cet endroit soit finalement une sorte d’alambic géant ou huiles, fines et liqueurs étaient distillées par de gros moines érudits et rougeaux, le foie au bords des lèvres.Mais il est aussi très facile d’imaginer que dans chaque cheminée, de grands esprits aient placés de complexes systèmes d’optiques pour regarder certains points précis de l’univers. La première fois, l’analogie avec l’animalité, précisément le Pangolin, vous frappe. Cette toiture fait de cônes coiffés de petites tourelles aux écailles dans le mauvais sens invite à la regarder à l’envers, et, à l’envers, elle fait penser à cette salle de spectacle, à Marseille, le Silo, que les gens de là-bas, avec leur verve, nomment la salle des mamelles. C’est drôle car cette images en appelle une autre, celle de la statue représentant Romulus et Remus, sous les mamelles de la louve, mythe fondateur de la cité antique, peut-être même de la cité idéale; les deux chérubins se régalant dans un plaisir immense sous le giron de la bête. Alors, quand tous ses ingrédients sont en vrac dans votre petite cervelle et que vous pénétrez dans cet espace magique, hyper structuré, le négatif de la géométrie savante de la toiture, et que vous êtes, comme ces gros moines que vous n’auriez pas été surpris de croiser, un peu alcoolique et nostalgique du sein (maternelle?), l’image des clochetons retournés et encastré dans les cheminées au bout desquelles perlerait une merveille de nectar*, vous assaille. Il devient impératif de s’en délecter!

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