Une nuit au fort

A l’ombre de ce contrefort velu et au pied de la muraille, un bric-à-brac d’architecture semble avoir été ajouté au rempart médiéval.

De hautes fenêtres se font jour dans la muraille alors que le jardin d’aujourd’hui laisse croître les poiriers, l’armoise et les lauriers. Quelques raiponces s’agitent dans les carrés de terres baignés par le soleil.

Tout près de ces prés carrés de verdure, une aula était bien édifiée, puis on l’a démolie pour mieux reconstruire. On perce, on comble, la routine. Les étages étaient souvent accessibles par des échelles, très peu par des escaliers, question de coût et question pratique. Les places sont fortes et doivent le rester. Finalement les réponses à nos questions sont dans la succession des ouvertures comme autant de bâtiments, et comme autant de vues offertes.

S’il y en a une qui eut une belle vue, c’est bien la belle Raiponce, princesse des Frères Grimm. Ce conte retrace une sombre histoire d’enlèvement de princesse par une sorcière dans un jardin. La jolie demoiselle grandira seule dans une haute tour. Elle jetait par la fenêtre sa grande natte lorsqu’on lui rendait visite. Cette échelle capillaire sera sa planche de salut à la fin du conte. Son tendre prince finira par la libérer.

Barreau & Charbonnet se hissent à l’assaut de cette muraille, comme deux princes de l’architecture et du design. Ils y flanquent un contrefort en bois. Ils font le siège de cette muraille, côté sud, pour profiter pleinement du soleil. Une excroissance du Moyen Âge, comme les beffrois qui prenaient d’assaut les places fortes. Ici, la parure est couverte de cordes, véritable invitation à l’ascension. Pourtant c’est bien par les échelles intérieures que vous pourrez vous hisser en ayant préalablement réservé votre nuit. Cette architecture estivale offre une vue identique à celle qu’avaient les châtelains de Mayenne. Nicolas Barreau et Jules Charbonnet enjambent le Moyen Âge. Ils signent un énième logis pour deux personnes, dans cette cour habituée aux prestiges et aux vues imprenables. Ils donnent une réponse sensible à celles et ceux qui oseront attaquer ce fort, contemporain. Ce duo, main dans la main, redonne goût à l’assaut avec le panache des souverains.

Texte Mathieu Grandet et Mathias Courtet.

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